Les « experts » disent que l’économie est affaire de rationalité. Mensonges ! C’est affaire de croyances, et le rapport annuel 2004 de la SNCF en est l’illustration, car il ne propose rien moins qu’un nouvel Evangile ! En ouvrant la page du site SNCF consacrée au Comité Exécutif (http://www.entreprise-sncf.com/mieu...), c’est en effet la Cène, façon Léonard de Vinci, qui saute aux yeux, avec la figure centrale d’un Louis Gallois en Jésus, et celles des 12 dignitaires en apôtres, également répartis, tous tournés vers leur maître. La référence à la peinture de Léonard est si frappante qu’on a du mal à la penser fortuite. Or donc, si c’est bien voulu et approuvé, voyons quel serait cet Evangile selon la SNCF, que ces calotins du capitalisme veulent faire gober aux usagers comme aux salariés.

Pour celles et ceux qui ont échappé au catéchisme, rappelons que la Dernière Cène est cette sorte de pot de départ où Jésus invite les apôtres et leur annonce que l’un d’entre eux le trahira. C’est également ce jour où Jésus institue l’eucharistie (en d’autres termes, la pratique cannibale qui serait le génie des chrétiens…). Premier point donc : bonjour l’ambiance au Comité Exécutif de la SNCF !!! Second point : le petit père Gallois doit avoir un sacré blues pour se représenter ainsi en Jésus, futur supplicié pour la plus grande gloire de son papa (au choix : le gouvernement français, l’Union Européenne ou l’Organisation Mondiale du Commerce).

Quant au manège des apôtres, commençons par le plus cher au Christ, Jean (1er à droite de Jésus/Gallois), en l’occurrence Guillaume Pépy, Directeur Général Exécutif. La tradition rapporte que Jean est un proche de Jésus et de sa maman, qu’il est toujours sorti indemne des supplices (jeté dans l’huile bouillante, ingurgitation d’un breuvage empoisonné aux serpents venimeux, etc.), et enfin qu’il est l’auteur de l’Apocalypse. Pareil pour Pépy, dont les cheminotes et cheminots vous diront qu’il s’impose comme "Régent" depuis plusieurs années, après avoir survécu à toutes les peaux de banane que ses petits camarades en jalousie ont dû lui glisser. Sûr également, à le voir justifier l’éclatement de la SNCF en branches autonomes devant chacune générer du profit, que Pépy est en train d’écrire l’Apocalypse de ce qui reste de service public à la SNCF !!!

Continuons par Thomas, alias Mireille Faugère, Directrice de Voyageurs France Europe (1ère à gauche de Jésus/Gallois). De Thomas la tradition retient surtout qu’il ne croit pas tant qu’il n’a pas vu lui-même. De fait, la Thomas/Faugère, alliée de Jean/Pépy, est patronne de la branche destinée à ramasser tout le blé, d’abord par la création d’un réseau de filiales incongrues (voir le reste du rapport annuel) qui servent à externaliser une partie croissante des bénéfices, puis bientôt par la constitution d’une société anonyme dont on ouvrira ensuite le capital (pour ne pas dire "privatisation"). Prudente autant que déterminée dans cette entreprise d’engourdissement du bien commun, elle n’y croira vraiment que quand ce sera achevé.

Revenons aux fondamentaux avec Pierre, alias Jacques Couvert, Directeur Général Délégué Exploitation - à savoir l’Infrastructure et l’Ingénierie – (3ème à la droite de Jésus/Gallois). Pierre, un des premiers disciples du Christ, en devient le plus fidèle lieutenant. Trois éléments particuliers soulignent le lien Pierre/Couvert. Il vit au départ à Capharnaüm, ce qui correspond bien à l’état de l’Infrastructure selon le dernier audit paru dans les médias, 8 ans après la création de Réseau Ferré de France (RFF) à qui Dieu/l’Etat a cédé d’un trait de plume la propriété de son domaine public ferroviaire. Il veut faire comme Jésus/Gallois, à qui il demande de le faire marcher sur les eaux lui aussi : il apparaît ainsi le représentant zélé et industrieux de son maître dont il construit finalement l’Eglise. Enfin, c’est lui qui, fuyant Rome et ses persécutions, rencontre le Christ et le questionne « Quo vadis, domine ? » (« Où vas-tu Seigneur ? »). Et Jésus/Gallois de répondre : « à Rome, me faire crucifier une seconde fois ». Les usagers et salariés de la SNCF auront bien sûr reconnu le Traité de Rome constitutif de la CEE, première pierre de l’église du patronat de l’après-guerre… !

Tiens, approchons-nous des bords avec Barthélémy (à l’extrême droite de Jésus/Gallois), sous les traits de Pierre Blayau, Président de Géodis, la holding qui regroupe le pôle transport routier que la SNCF a construit depuis longtemps avec l’argent public normalement destiné au chemin de fer (bizarre, vous avez dit bizarre ?!!). Barthélémy ne joue aucun rôle ni dans les Evangiles, ni dans les Actes des Apôtres. Son seul mérite est d’avoir été écorché vif puis crucifié. Ce qui, ma foi, pourrait bien être le sort de Blayau quand on rappellera aux ouvrières abandonnées sur le carreau d’Alençon, que c’est le patron fossoyeur de Moulinex, à qui Jésus/Gallois a généreusement ouvert le foyer de la SNCF (à l’époque au Fret : doit-on y voir un lien avec la situation de cette activité aujourd’hui… ?).

En parlant de Fret, voyons maintenant du côté de Philippe, alias Marc Véron, Directeur Général Délégué Fret (3ème à la gauche de Jésus/Gallois). Philippe/Véron est connu pour avoir demandé à voir Dieu directement, suscitant la réponse vexé de Jésus/Gallois : « celui-là qui me voit, voit le Père ». B’en oui ! quoi ! merde ! Faut respecter le plan de câblage. A quoi ça sert que Gallois soit le soldat zélé de l’Etat capitaliste – au besoin son fusible - s’il fallait toujours qu’on le circonvienne. A part ça, Philippe est le patron des chapeliers et des pâtissiers, ce qui présage pour Véron d’avoir à bouffer son chapeau ou de se faire entarter !

Poursuivons maintenant avec les deux Jacques : Jacques le Mineur, en la personne d’Elisabeth Borne, Directrice de la Startégie (5ème à droite de Jésus/Gallois), et Jacques le Majeur, alias Jean-Pierre Ménanteau, Directeur FAST - si, si ! « FAST » pour Finances, Achats, Systèmes d’information et Télécommunications - (2ème à gauche de Jésus/Gallois). De Jacques le Mineur on sait simplement qu’il a essayé de convertir les Juifs de Palestine, mais il ne savait pas y faire car il n’a reçu que lapidation et crâne fracassé par un foulon (désolé Mme Borne, c’est pas moi, c’est les Evangiles ! Fallait pas venir !). Quant à Jacques le Majeur, qui a supplanté dans la ferveur des fidèles Jacques le Mineur (désolé Mme Borne, encore une fois c’est pas moi, c’est les Evangiles selon votre maître !), on dit qu’il s’est fait décapiter à son retour de Syrie, mais en même temps qu’il a évangélisé l’Espagne… Tabernacle ! En tout cas, en tenant à la fois le fric, les systèmes d’informations et les télécommunications, notre Speedy Gonzales Jacques le Majeur/Menanteau a tout pour réussir dans le capitalisme ferroviaire !

Des finances aux bonshommes, il n’y a qu’un pas, celui du contraire ; ce qui nous amène naturellement à André, ici Pierre Izard, Directeur des Ressources Humaines (4ème à gauche de Jésus/Gallois). André, c’est l’apôtre des passages à niveau (la croix de St-André) ! Sa marque commerciale est en effet d’avoir été crucifié sur une croix en "X". Pour le père Izard, cet "X" serait plutôt la plaie des polytechniciens (et leurs alliés centraliens), aristos autoproclamés qui jalousent leurs postes clés contre les roturiers d’énarques et d’HEC. Quant aux gens simples sans formation d’élite, André/Izard doit savoir leur retourner sa croix… dans leur gueule.

Poursuivons avec un autre couple, celui de Simon le Zélote, alias Bernard Emsellem, Directeur de la Communication et de Thaddée, alias Bernard Sinou, Directeur du Transport Public (respectivement 6ème et 5ème à gauche de Jésus/Gallois). Simon le Zélote appartenait à une secte juive rigoriste et il disparaît après la Pentecôte (c’est quand l’esprit saint descend sur les apôtres). On le retrouve après en Perse, où il prêche avec Thaddée, et où tous deux sont égorgés pour avoir renversé des idoles (sûr qu’avec une auréole trop grande, on a vite fait d’accrocher une tête de gondole et patatras, tout est par terre !). Et ça colle bien, car pour être Directeur de la Com’ d’une entreprise rendue schizophrénique, Simon/Emsellem doit vraiment être gourou de secte. Le problème c’est qu’il ne supporte pas l’esprit : ça le fait fuir ! Quant à Thaddée/Sinou, il est remarquable que le dirlo de la seule activité qui contient encore « public » dans son intitulé (Transport public = TER + Transilien + TIR) soit l’apôtre dont on ne sait vraiment rien de rien à part qu’il a tout cassé dans la boutique de souvenirs… !

Au tour de Matthieu, maintenant, en la personne de Paul Mingasson, Secrétaire Général (4ème à gauche de Jésus/Gallois). En v’là un autre qu’habitait Capharnaüm, où il était percepteur des impôts (y a pas à dire, le Jésus, il avait une « dream team »). A part ça, il a prêché un peu en Ethiopie, s’est disputé avec des mages et des dragons, et se serait fait décapité, lapidé ou brûlé vif selon l’ivrogne qui a raconté l’histoire. Le parallèle est ici un peu flou, sauf à considérer qu’à l’instar des agents du fisc qui imposent les prostituées, Matthieu/Mingasson a le rôle d’imposer tous ces directeurs et directrices, qui ne font que vendre leur humaine dignité pour un peu de pouvoir.

Last but not least (dernier mais non le moindre) comme disent nos camarades d’outre-Manche qui s’y connaissent en disparition du Service Public : Judas, alias Claire Dreyfus-Cloarec, PDG de SNCF-Participations (2ème à droite de Jésus/Gallois), qui gère les plus de 650 filiales dans lesquelles la SNCF a investi. Il n’est pas besoin de rappeler le rôle de cet apôtre, ni le parallèle Judas/Dreyfus-Cloarec, puisque l’implication de la SNCF et sa structuration autour de filiales privées pour isoler et externaliser tous les éléments de l’activité, petit bout par petit bout, est bien un des outils privilégiés de la trahison du service public. La seule incohérence, c’est que pour Jésus/Gallois, ce n’est pas vraiment une trahison. Des baisers de Judas, il en redemande !

Voici donc l’Evangile pervers des pourfendeurs du Service Public, et il faudrait qu’usagers et salariés communient dans cette église… ? Foutre Dieu non ! Que tous ces prophètes nous lâchent avec leurs supplices et leurs sermons. Reprenons ensemble voix au chapitre, mais cette fois pour mettre à plat, rationnellement et dans le dialogue entre usagers et salariés, les vrais besoins sociaux en matière de transport et les ressources humaines, techniques et financières qui méritent d’être mobilisées.

Au clou tous les Christs !!! Vive les transports socialisés !

Lea GALLOPAVO